Illustration abstraite d'une balance de lumière entre un livre ouvert symbolisant la recherche et un cadenas symbolisant la prohibition, dans des tons indigo et ambre

La DEA relance sa tentative de classer cinq tryptamines en Annexe I : MAPS monte au front

Ce qui vient de se passer : une seconde tentative

C’est un bras de fer qui en dit long sur l’état de la recherche psychédélique aux États-Unis. Fin septembre 2026, la Drug Enforcement Administration (DEA) a relancé une procédure visant à placer cinq tryptamines psychédéliques peu connues — le 4-OH-DiPT, le 5-MeO-AMT, le 5-MeO-MiPT, le 5-MeO-DET et le DiPT — à l’Annexe I du Controlled Substances Act, la catégorie la plus restrictive de la législation américaine sur les substances contrôlées.

L’annonce pourrait sembler technique. Elle ne l’est pas. À l’Annexe I, une substance est réputée sans usage médical accepté et à haut potentiel d’abus, et la moindre étude devient un parcours administratif d’une lourdeur extrême. C’est précisément ce que dénonce la Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies (MAPS) dans un communiqué publié le 29 septembre 2026.

Pourquoi l’Annexe I change tout

Dans son communiqué, MAPS résume l’enjeu en une formule. « L’Annexe I fait deux choses à la fois : elle ferme la recherche qui pourrait nous dire quels bénéfices, le cas échéant, ces substances peuvent avoir, et elle transforme leur usage personnel en affaire pénale », écrit Ismail L. Ali, juriste et codirecteur exécutif de l’association.

Autrement dit, le classement ne se contente pas de pénaliser : il verrouille la connaissance elle-même. Ces cinq molécules appartiennent à la grande famille des tryptamines, à laquelle de nombreux psychédéliques doivent leur structure chimique. Tant qu’elles restent en dehors de l’Annexe I, les laboratoires peuvent les étudier dans un cadre encadré ; une fois classées, la recherche devient, dans les faits, quasiment impossible.

Le précédent de 2022 : la mobilisation peut faire reculer l’agence

Car cette procédure a une histoire. Il s’agit, selon MAPS, de la seconde tentative de la DEA pour ce même classement : une première version avait été retirée en 2022 après la mobilisation des chercheurs et des défenseurs juridiques.

Ce précédent compte doublement. Il montre d’abord que l’agence peut reculer lorsque la communauté scientifique se fait entendre de manière organisée. Il montre ensuite que la menace n’avait pas disparu, seulement été reportée. Le communiqué de MAPS s’inscrit dans cette continuité : répondre vite, publiquement, et sur le terrain des arguments.

L’argumentaire de MAPS, point par point

Premier point : ces cinq substances « n’ont pas leur place à l’Annexe I », affirme l’association, qui précise ne plaider « en aucun cas pour l’ajout de nouvelles drogues au niveau le plus élevé du Controlled Substances Act ».

Deuxième point : le dossier de la DEA elle-même ne démontrerait pas, selon MAPS, un niveau de dommage public qui justifierait ni la fermeture de la recherche ni la criminalisation des usagers.

Troisième point : cette procédure s’inscrit dans une série. Elle fait suite, rappelle le communiqué, à des actions de la DEA visant à classer à l’Annexe I d’autres psychédéliques peu connus, le DOI et le DOC. « Nous préférerions voir ces substances rester accessibles à la recherche, et les personnes qui les utilisent traitées en dehors du système pénal, plutôt que d’y être orientées par défaut », ajoute Ismail L. Ali.

« Répéter les erreurs des cinquante dernières années »

Le ton du communiqué est ferme, et la charge, assumée. « L’agence continue, de manière inexplicable, de répéter les erreurs des cinquante dernières années en privilégiant la criminalisation plutôt que la recherche, l’éducation et la réduction des risques, qui protègent réellement les personnes et les communautés », déclare le codirecteur exécutif de MAPS.

On peut discuter la formulation ; le raisonnement, lui, mérite attention. Ce que MAPS défend ici n’est pas un usage libre de ces molécules, mais la possibilité de les connaître : sans recherche, c’est l’ignorance qui décide des politiques publiques. Cette position — science d’abord, éducation et réduction des risques ensuite — est aussi la ligne de cette maison, et elle vaut pour les décideurs comme pour chacun d’entre nous.

Ce que cela change concrètement pour vous

Pour vous, chers explorateurs de la conscience, rien ne change juridiquement au quotidien : il s’agit d’une procédure américaine, concernant cinq molécules confidentielles. Mais les décisions de la DEA pèsent loin au-delà des frontières des États-Unis, tant la recherche psychédélique y est concentrée. Fermer ces cinq portes, ce serait renoncer durablement à ce que la science aurait pu apprendre de ces composés — dans un sens comme dans l’autre.

Concrètement, trois attitudes nous semblent justes : suivre la procédure avec attention, se souvenir que la mobilisation de 2022 a fonctionné, et continuer à privilégier l’information fiable sur le bruit ambiant. Rappelons enfin l’évidence : ces molécules ne sont pas anodines, rien dans cet article n’en encourage l’usage, et chacun est tenu de respecter les lois de son pays. L’aventure de la connaissance se poursuivra dans le débat public — c’est là, aussi, que se joue l’avenir de la recherche.

À retenir

  • Fin septembre 2026, la DEA a relancé une procédure pour classer cinq tryptamines (4-OH-DiPT, 5-MeO-AMT, 5-MeO-MiPT, 5-MeO-DET, DiPT) à l’Annexe I, la catégorie la plus restrictive du droit américain.
  • Un tel classement fermerait dans les faits la recherche sur ces molécules et criminaliserait leur usage, selon MAPS.
  • C’est la seconde tentative de l’agence : une première version avait été retirée en 2022 après la mobilisation des chercheurs et des juristes.
  • Par la voix de son codirecteur exécutif Ismail L. Ali, MAPS demande que ces substances restent accessibles à la recherche et que leurs usagers soient traités hors du système pénal.

Sources


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